Liberté d’expression réelle ou instrumentalisée ? Enregistrer au format PDF

Posté le 31 octobre 2020 - 2076 visites

Le débat sur « la liberté d’expression » prend une tournure très dangereuse !
Par la volonté de la frange la plus extrémiste de la société, il s’est transformé en un débat "pour ou contre la caricature ?".
Il n’est pas question de toutes les caricatures, mais uniquement "pour ou contre la caricature de Charlie Hebdo".

Dans les faits actuels, nous subissons l’injonction de devoir répondre à la question suivante : sommes-nous pour ou contre la caricature de Charlie Hebdo qui représente un personnage lubrique comme étant le prophète de Dieu dans une position obscène ?

Même si cela peut paraître évident, il est nécessaire de rappeler que des caricatures, d’aussi mauvais goût soit-elles, ne justifient en rien la moindre atteinte à la sacralité de la vie. D’ailleurs, cette sacralité de la vie est évoquée dans le Coran, quiconque tue un être humain, c’est comme s’il avait tué l’humanité toute entière. Ce n’est donc ni le message du prophète, ni celui de l’islam.

Ceux qui ont lu la biographie du dernier des messagers de Dieu savent à quel point il était pardonneur à l’encontre de ceux qui ont cherché à lui nuire et même vis-à-vis de ceux qui ont voulu le tuer.

A ce titre, une des anecdotes parmi tant d’autres, emblématique de la tolérance de Muhammad, est celle reliative à El Tâ’if. Alors qu’il venait d’être rejeté par les notables de cette ville proche de la Mecque, chassé de ses murs, pourchassé, injurié et lynché de la façon la plus vile qui soit, le Prophète s’arrêta alors en chemin pour invoquer son Seigneur tout en se culpabilisant de ne pas avoir su se faire entendre. C’est alors que Dieu lui envoya l’ange Gabriel pour lui demander s’il voulait que ce peuple injuste soit châtié.

Le Prophète eut alors cette fameuse et magnifique réplique : "Ô Seigneur, guide mon peuple, car ils ne savent pas". Il expliquera, par la suite, que ce fut un des moments les plus effrayants de sa vie.

Cette histoire démontre bel et bien que ce n’est évidemment pas une petite caricature vulgaire et de mauvais goût qui peut porter atteinte au Messager et qu’il faut aller au delà du simple dessin pour voir ce qui motive ceux qui veulent promouvoir une lecture biaisée de notre si chère liberté d’expression.

En effet, Charlie Hebdo est pris en otage, d’une part par une extrême droite identitaire et d’autre part, par une gauche Munichoise. Il est devenu le support idéologique d’une islamophobie décomplexée. Avec Charlie, il n’y a plus de débat, plus de nuances, plus de libre arbitre, plus rien ! Tu es Charlie ou Coulibaly !

Soit tu es Charlie et donc tu dois être entièrement Charlie, c’est-à-dire islamophobe et ton devoir patriotique devient d’insulter et mépriser ceux qui essayent de mettre de la complexité dans les idées. Si tu deviens Charlie, ta mission est désormais de chasser ces personnes à défaut de les convertir et de les civiliser.

Dans ce monde binaire, quand tu n’es pas complètement Charlie, tu ne peux être qu’un islamiste ou un complice de l’islamisme.

Quand tu n’es pas entièrement Charlie, tu deviens un ennemi à abattre, un soldat d’une prétendue cinquième colonne qu’il faut mettre hors d’état de nuire par tous les moyens.

Et oui, au nom de cette exclusive liberté d’expression nouvelle, tu ne peux être que Charlie. Et c’est au nom de cette liberté d’expression que nos enfants devront dire oui à toutes les intrusions idéologiques au sein de leur parcours pédagogique.

Au nom de cette liberté d’expression, on va imposer à des élèves en construction un faux débat et s’ils disent qu’ils ne sont pas d’accord avec les idées de Charlie et cette prétendue liberté d’expression, c’est toute la famille qui risque de finir dans les commissariats ou devant la justice.

Alors cher.e.s ami.e.s, notre devoir de parents d’élèves doit être d’ouvrir le débat avec nos enfants, de parler avec eux comme avec des adultes pour désamorcer une éventuelle situation conflictuelle qui pourrait s’avérer dévastatrice pour toute la famille.

En effet, dans ce climat de défiance, il est primordial de ne pas laisser nos enfants sans explications et accompagnement.

Bien entendu, nous devrons respecter la liberté pédagogique des enseignants, faire confiance à l’éducation nationale, tout en déminant avec nuances et intelligence d’éventuels malentendus.

Le chemin pour parvenir à cet équilibre est très étroit, mais nous devons l’emprunter avec sagesse, lucidité et confiance car c’est de l’avenir de nos enfants dont il est question et par extension, c’est le devenir de notre société qui en jeu.

La Coordination contre le Racisme et l’islamophobie met à votre disposition une écoute bienveillante, afin que les parents qui rencontrent des difficultés pour expliquer les récents événements de façon pédagogique à leurs enfants trouvent des conseils et un accompagnement. Il est primordial de préserver les intérêts des élèves et pour ne pas revivre les situations regrettables de 2015 durant lesquels 200 incidents (donc 40 cas traités par la Police) sur plus de 12 millions d’élèves avaient été instrumentalisés pour criminaliser toute la population des quartiers populaires et les familles musulmanes.

N’hésitez pas à laisser votre message sur www.crifrance.com

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