Marche contre l’islamophobie : bis repetita ? Enregistrer au format PDF

Posté le 13 novembre 2019 - 780 visites

La marche contre l’islamophobie du 10 novembre 2019 a rassemblé des milliers de manifestants. Cette mobilisation a surpris les organisateurs eux-mêmes.

Cet étonnement est très certainement dû au fait qu’ils ont affronté une semaine d’opposition bête et méchante de la part d’éditorialistes et de politiciens conservateurs. Le mépris affiché par cette même caste n’est pas sans rappeler le mépris affiché à l’égard des gilets jaunes.

La Coordination contre le Racisme et l’Islamophobie a été écartée de l’événement, ainsi que beaucoup d’autres acteurs de la lutte contre l’Islamophobie pour des raisons vraisemblablement politiques. C’est un blanc seing à certaines formations de gauche ; celles qui ont d’ailleurs porté une partie des discours et des lois islamophobes de notre pays (pour rappel, l’affaire Baby loup, celle du voile comparé à un chiffon, celle de l’amendement sur les assistantes maternelles à domicile, etc.) et que nous avons toujours dénoncés.

Toutefois, la CRI se félicite de voir deux de ses propositions pour lutter contre l’islamophobie reprises par les organisateurs, à savoir :

  • la reconnaissance officielle de l’islamophobie comme crime par la loi française (l’islamophobie doit devenir une circonstance aggravante dans les affaires de Droit commun) ;
  • la tenue d’un plan national de lutte contre l’islamophobie (la mise en place d’une journée nationale de lutte contre l’islamophobie et les lois liberticides).

La CRI regrette les polémiques stériles qui ont masqué les revendications de base et le manque de courage des organisateurs qui se sont désolidarisés des exigences des manifestants et plus particulièrement la polémique sur l’étoile et le croissant jaune arborés par plusieurs personnes dans le cortège et que certains organisateurs ont trouvé encombrante.

le Rabbin Gabriel
le Rabbin Gabriel brandit la pancarte de l’etoile-croissant jaune. " Juifs d’hier, Musulmans d’aujourd’hui"

Or, ce n’est pas la première fois qu’une référence visuelle est ainsi faite, lors de nos manifestations, ou bien des références orales, lors de nos discours, au sort des juifs d’Europe entre les deux guerres pour faire un parallèle avec le climat islamophobe actuel en France.

Il n’est pas question de faire une comparaison, encore moins une concurrence mémorielle, mais il est question de voir les points de similitude entre ces deux formes de xénophobie dans les discours politiques et les campagnes médiatiques pour dire « plus jamais ça ! »

De nombreux travaux universitaires ont mis en évidence une analogie entre les discours antisémites et les discours islamophobes comme l’a démontré Pascal Boniface en décembre 2010 :

« Jean-Marie Le Pen était antisémite, Marine est islamophobe. Il n’y a pas rupture mais continuum. On ressort aujourd’hui, sur les Musulmans, le même type d’arguments que l’on réservait aux Juifs dans les années 30. Ils ne sont pas comme nous, ils font peser un danger sur la République. Ils ont un plan secret pour imposer leur loi. Leur religion est incompatible avec notre société. Ils ne seront jamais français et resteront étrangers, et ce, quelle que soit la mention figurant sur leurs passeports. Dans les années 30, même s’il en avait la nationalité, un Juif n’était pas considéré comme tout à fait français. Aujourd’hui, cet argument est servi pour les Musulmans. »

Le terroriste qui a attaqué la mosquée de Bayonne était un candidat du RN ex-FN.

Dans « Le venin dans la plume » Gérard Noiriel fait une étude comparative entre les discours de Edouard Drumont, chef de file de l’antisémitisme à la fin du XIXème siècle et ceux d’Eric Zemmour égérie de l’islamophobie décomplexée et de la théorie du grand remplacement. Son théoricien, Renaud Camus, a inspiré, il est important de le rappeler, le massacre de 50 musulmans à la mosquée de Christchurch en Nouvelle Zélande.

L’historien Gérard Noiriel déclare même :

« le rapprochement entre Zemmour et Drumont est allé bien au-delà de ce que j’imaginais ».

Les organisateurs de la marche contre l’Islamophobie ont raté l’occasion de faire un peu de pédagogie et de tordre le cou à la propagande des islamophobes qui squattent les plateaux de télévision.

Il était pourtant de leur devoir de saisir cette perche tendue par les médias pour demander la criminalisation de l’islamophobie au même titre que l’homophobie ou l’antisémitisme.

Fort heureusement, deux parlementaires Mesdames Obono et Benbassa et le journaliste Edwy Plenel ont pu porter la voix des manifestants sur cette question. Ils ont apporté une contradiction et mis en lumière les manœuvres médiatiques d’officines douteuses qui cherchent à diviser la population et nuire à l’expression populaire.

La Coordination contre le Racisme et l’Islamophobie maintient son rôle d’aiguillon pour relever le plafond des revendications dans un seul but : lutter efficacement pour une autonomie politique et organisationnelle, seul gage d’efficience pour conquérir nos droits bafoués.

Nous avons tiré les leçons des échecs de nos aînés. En 1983, la Marche pour l’égalité et contre le racisme a été transformée et rebaptisée « Marche des beurs » par l’action néfaste et conjointe du Parti Socialiste et de l’Union des Etudiants Juifs de France, l’UEJF.

Aujourd’hui, nous ne voulons plus être les marche-pieds des ambitions carriéristes ni la chair à canon des campagnes électoralistes.

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