Maman , dessine moi l’islamophobie

J’apporte ici un témoignage sur des faits qui se sont déroulés en septembre 2008 au cours d’un moment fort attendu et fort important puisqu’il s’agissait de la première rentrée de notre enfant de 3 ans dans une école maternelle des HAUTS -DE-SEINE.

Voilà près de trois mois que ces faits ont eu lieu, et j’avoue garder un souvenir amer de cette première rentrée scolaire qui aurait dû être un moment inoubliable aussi bien pour notre enfant que pour nous, parents.

Fin Juillet 2008 : première rencontre avec la directrice de l’école. Nous lui présentons notre enfant un peu anxieux car l’encadrement à la crèche était tout simplement exceptionnel. En effet, nous appréhendions un peu cette rentrée car nous connaissions l’importance d’acquérir le savoir et aussi le caractère primordial de bâtir cette relation de confiance entre nous, parents, et l’institution qui serait chargée d’accueillir notre enfant.
Lors de cet entretien préalable j’ai immédiatement ressenti une certaine froideur à mon égard, n’ayant pas un nom à consonnance étrangère (car mariée à un français converti), j’ai tout de suite pensé qu’elle s’attendait peut-être à tout sauf à voir une femme voilée. Toutefois, étant foncièrement contre toutes les formes de suspiscion, j’ai vite mis cela de côté.

Tout s’est déroulé normalement sauf lorsque j’ai abordé les habitudes alimentaires de mon enfant. Etant musulmans, nous ne mangeons pas de porc et exclusivement de la viande hallal ;donc les jours où le plat protidique est composé de viande, j’ai demandé à ce que nous ne servions pas de viande à mon enfant,et qu’il soit donné en compensation une portion plus importante du plat de légumes ou pâtes .

J’ai expliqué que dans ce cas ,l’apport en protéine serait évidemment apportée le soir lors du dernier repas de la journée.

Elle m’a immédiatement rétorqué que cela ne serait pas possible , et en citant vaguement une nouvelle loi passée (quelle loi ???) qui prônait la laicité,("elle a bon dos la laicité"), dorénavant les enfants inscrits à la demi-pension seraient "obligés" de manger de la viande.
Je fus surprise puis lui expliqua qu’étant donné que mon époux et moi-même avions une activité salariée, il etait impossible de faire autrement et qu’ à la crèche notre enfant ne mangeait pas de viande, un complément lui etait apporté et cela n’avait jamais posé de problèmes.

J’ai expliqué que cela allait poser des problèmes, elle n’a rien voulu ajouter, le sujet fut clos.

Septembre 2008 : Nous envisagions donc de récupérer notre enfant les jours où la viande serait au menu et de le ré-intégrer à 13H30. Mon mari ne travaillant pas très loin de l’école s’est donc proposé pour le récupérer , le faire manger à la maison et l’accompagner aux portes de l’école avant la sieste.

Refus de la Directrice prétextant que son intrusion pourrait gêner la période de sieste des autres enfants . Nous étions etions obligés de le ramener donc à 15H30. PAS AVANT !

J’ai donc expliqué à la directrice qu’il était impossible de s’organiser de la sorte et qu’il était inapproprié d’engager une personne que nous ne connaissions pas pour faire garder notre enfant. Effectivement, elle me conseillait de "copiner" avec des mamans à la sortie de l’école et de confier à l’une d’entre elles mon enfant. Ce qui n’est , en premier lieu , pas du tout dans ma manière de gérer l’eéucation de mes enfants et puis en terme de budget ,était inconcevable.

Enfin, "Le pot aux roses", le surlendemain , l’institutrice dit à mon époux lors d’une réunion générale entre les parents et l’institutrice que notre enfant ne serait pas ré-intégré à l’ecole les après-midis...
Nous étions sidérés et outrés par ce que nous entendions, quelle loi interdit à un enfant de revenir à l’école l’après-midi sous prétexte qu’il ne mange pas à la cantine ? C’était du grand n’importe-quoi !... Et quelle fut ma colère lorsqu’en discutant avec d’autres mères non voilées je me suis rendue compte que leurs enfants pouvaient manger à la cantine les jours "sans viande" alors qu’à moi elle m’avait dit que c’etait inenvisageable car trop compliqué...

J’etais interloquée , très en colère, j ai pris mon téléphone et j ’ai contacté l’ inspectrice de l’éducation nationale qui est chargée de ma commune et quelques jours plus tard j’ai reçu une lettre expliquant que mon enfant aurait non seulement le droit de rester à la cantine les jours où le poisson serait au menu mais aussi admis à ré-intégrer l’école à 13H30.

Nous étions soulagés mais encore secoués par un tel comportement à notre égard . Nos avions peur que notre enfant soit mis de côté à cause de ces mauvais débuts et de ces agissements d’une injustice sans nom !
C’est un cas de discrimination banalisé qui fort heureusement a été réglé en toute intelligence. Je suis attentive à ce que les institutions peuvent nous dire, et j’ai pu faire des études supérieures donc j’ai des facilités pour m’exprimer, pour contrecarrer des faux arguments irrationnels et racistes, mais en revanche j’ai pris la peine de réfléchir à ce qu’aurait pu faire une maman maîtrisant mal la langue, ne connaissant pas les lois ???

Elle aurait acquiescé tout simplement.

La directrice et l institutrice ont reçu une copie du courrier adressé par l’inspection du travail de l’éducation nationale . Depuis la directrice rase les murs et, moi, j’ai toujours un immense sourire à son égard.
Ce moment se voulait être un moment formidable, ancré dans nos mémoires et bien sachez que j’ai versé de chaudes larmes lors de la première rentrée scolaire de mon enfant mais mes larmes n’étaient pas seulement dues à cette première séparation et à l’entrée de notre enfant dans le monde de l’apprentissage . Ces larmes étaient surtout celles d’une mère amère face à un système de plus en plus islamophobe....

Mesdames, Messieurs, Parents, battez-vous pour faire valoir vos droits...
le témoignage est primordial.. il faut que nos politiciens voient ce que
nous subissons au quotidien depuis qu’ils ont signé certaines lois
racistes qui ne visent que les musulmans et qui sont français quand bien même certaines personnes refuseraient de l’admettre.

 
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